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J'attendrai la tempête

Le 13 mai 2015, 23:22 dans Humeurs 0

Cher Vous,

 

 -Vegas -

Sanctuaire de nuit

Je me lave sous une vraie douche. Cela fait des jours que nous n’avons pas gouté aux tranquillités et aux commodités individuelles. L’eau coule sur mon corps et délasse mes membres. Je m’efforce de relâcher cette pression sanguine qui semble s’accroitre et former des murs douloureux d’hémoglobine. A l’intérieur de moi. Je regarde mes veines se dégonfler sous la chair qui petit à petit reprend une forme et une taille normale. C’est drôle comme le corps se déforme et se modifie en présence d’émotions fortes, de températures changeantes ou d’endroits différents. Je masse la peau pour faire circuler le sang. Empêcher que la vie s’arrête ?

Je la frotte, puis je la gomme. Je la rince, la sèche et enfin la nourris. Mes cheveux. Je peux enfin les sécher avec un appareil électrique. Je retrouve le confort, le douillet, le pratique. Je peux enfin m’épiler et utiliser des produits de beauté. Je souffle. Je souffle.

Nous retrouvons nos marques et nos envies matérielles. Bien que mes condisciples ne les aient pas perdus durant la route, moi, je les avais enfouis très loin, à côté de mes doutes. Pour la première fois j’ai l’impression d’être au bon endroit. De connaitre cette certitude, celle d’être non loin de ma vie. Finalement, je crois que tout ce dont j’ai besoin, depuis toujours, se trouve dans cet étui. Non pas cette trousse de maquillage, de parfum, de douceur et de beauté. Toutes ces choses et tous ces objets que j’aime et me ravissent, mais dans ce corps, ce ventre, ce sexe, ce cœur et cette tête. Autrement dis en moi-même.

Je relève le visage et je me regarde longtemps dans ce miroir.  Il a changé. Il a perdu ses rondeurs de bébé. Il est différent. Pas moins joli ni plus beau. Il est juste comme il faut. Je m’applique une lotion qui mélange une odeur de mon enfance et d’autres fragrances. Légères. Fraiches. Puis, je me maquille. Les yeux, la peau, la bouche. Rouge. Avant de pulvériser une note de Fantaisie entre mes seins. Je me lave les mains. Enfile une robe noire symétrique et près du corps. Une taille en sablier et des hanches infinies. Quelques retouches. Des boucles d’oreilles, un bracelet, des talons hauts. La nuit est tombée, il est tant de sortir, il fait encore chaud.

Etranges souvenirs de ces trois nuits à Las Vegas. Plongée dans les laconiques effervescences de fatigue et d’abandon. Flirtant dans un demi-sommeil d’après midi avec de stupides rêveries. Nous nous sommes réveillés dans le soir. Prêts à fouler les trottoirs. Combien de temps sommes-nous restés ? Je ne sais plus. Ça me parait une vie entière.

Je marche sur le Strip. J’erre.

Nous sommes arrivés peu après midi, sous un soleil de plomb. Le genre de zénith qui nous surprend à chaque fois. La ville de papier mâché nous attendait. Comme une cité mystérieuse et scandaleuse sortie tout droit d’un film insolite. Une vision très curieuse à laquelle, je crois, je ne m’habituerai jamais. Je contemple cette caverne de mille lumières, mille saloperies, d’étranges atmosphères et de foutues vies. Etre à Vegas à cet instant, était comme de vivre à une certaine époque, différente de celle que nous connaissons habituellement, dans un lieu bien particulier, un lieu hors codes et hors responsabilités. Mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’aucune sensation, aucun mélange de parfums, de musiques, de couleurs et de mots ne pourront restituer ce que c’était d’être et d’exister à cet endroit si singulier.

Quoi que ça veuille dire. Quoi que je puisse sentir.

Je marche.

Toujours.

Je ne cherche pas le jour. Je ne l’attends pas. Pourquoi ? J’aime cette nuit. Cette idée de la nuit. Cette façon que la ville a de se mettre en mouvement en éveil, tel un monstre à mille têtes et dix souffles, fendant l’obscurité et raflant les intimités. Cette obscurité. Je la respire. Je la laisse m’imprégner. Je n’en ai pas peur. J’aime quand elle engorge mon cœur.

Mes pieds sont endoloris. Je marche et cette rue ne semble plus finir. Sommes-nous déjà passés ici ? Le New York inventé de toute pièce semble inatteignable. Est-ce qu’au fur et à mesure que j’avance il s’éloigne ? Et si je n’avançais pas ?

A croire que le temps et l’espace prennent une toute autre forme, une tout autre dimension à cet endroit de la terre. Un peu comme le sang, sa circulation et ses mystères.

Il y a là la folie qui s’embrase de parts et d’autres. A toute heure de la nuit ; bruit de machine à sous, fontaines jaillissantes, tic tac de la grande horloge, mécanisme des escaliers mouvants, clap de talon, rire faux, rire doux, rire changeant de version, et puis il y a aussi les bouteilles qui s’entrechoquent, les restaurants bondés, les rues essoufflées, les voitures, les motos, les limousines, les Elvis défraichis et les Marylin trop sexy. Il y a des pin-up, des escortes, des hommes en costumes et d’autres pieds nus. Il y a là tout un mélange du monde et de nombreux points de vue.

J’ai comme la sensation de sortir de moi-même et de tout voir de plus haut. Il fait si chaud… si chaud… des gouttes de sueur s’attardent sur ma peau, je finis de vider ma bouteille d’eau. Il n’y a pas un souffle destiné à faire sécher ses sensations. L’air semble destitué de ses fonctions.

Je marche.

Je traverse les foules mouvantes. Je croise toutes sortes de personnes, de regards, de peaux, et d’odeurs… debouts, sur talons hauts, adoptant une fausse classe, ou bien assises, pieds nus, dans la crasse.

C’est alors que je vois cet homme là-bas. Il sourit. Cet homme qui à bras le corps retient sa vie. « I have a dream. I just want to live. Please. » Un message dans les mains. Il est assis sur le pont. Il n’a rien d’un fou. Je contemple alors Monsieur "mobile homme" infini... Clochrad céleste du pont de Vegas. Je le trouve si beau et plein de foi sous sa crasse. Je marche vers lui.  Mots à maux, je suis très émue. Personne ne semble l’avoir vu. Sauf ce couple de touriste -type faux riches paré d’une pseudo-classe ridicule- monnayant une photo avec lui contre un pauvre billet déchiré. Le montant ? Je n’ose même pas le regarder. Je suis écœurée. Il sourit et consent. Qu’avait-il d’autre à faire ? Saloperie de vautours… cherchant sans doute à capturer l’importance de leur geste minable. Ils allaient sans doute reprendre leur avion fier de montrer au monde leur « bonne action ». Chaque fluide de mon corps sembla remonter dans mes yeux. J'étais prise d’une colère orageuse. J’ai soudain eu envie de hurler et de venir bousculer leur petit monde bien rangé. Ecrivez vous-même vos propres rêves ! Ne voler pas ceux des autres ! Ne les capturer pas sur des engins numériques contre un peu de fric !

Ses pourritures me donnais envie de vomir. De l'argent contre une photo... c'était à rugir. J'avais presque honte d'avoir vu cela et d'être de ce côté. Celui des personnes qui pouvaient payer. Je me tus et continua de marcher. C'est alors que je croisais cet oeil. Un genre de rendez-vous secret, un genre de seuil... Je crois que jamais je n'eu croiser de si tendre regard. Venant d'autant d'yeux perdu sur un trottoir.

...

Depuis combien de temps suis-je ici ? Je ne sais plus… Garderais-je toutes ses sensations comme un puzzle d’émotion à l’intérieur moi ? Ou est-ce que tout allait se dissoudre, se répandre, et s’en aller vers d’autres grèves qui ne m’appartiennent pas ?

 ...

On peut entrainer notre corps à oublier, mais pas notre esprit. Nous avons tous en nous des choses que personne ne peut effacer. Quel que soit le temps que nous passons sur cette terre. Je veux vivre. Je veux vivre. Je ferme les yeux. Là, quittant le désert de Vegas, perdant presque ma propre trace…

Où allons maintenant ? Vers la mort. Cette longue, aride, et sublime vallée. Et si le seul moyen de vivre était de donner à quelqu’un, quelque chose, ou quelque part le moyen de nous détruire ?

Bon maintenant ? Qu’allait-il advenir ?

Je crois que cette nuit là, j’aurais pu craquer des étincelles partout. J’avais ce foutu et furieux sentiment que quoi qu’il se passe, quoi que j’espère et quoi que je fasse, ma vie n’était plus loin. Je crois que c’était cette idée, cette force, ce truc insensé qui retournait mon esprit et me poussait toujours plus fort, vers cette volonté à oublier les interrogations dans cette chambre d’hôtel et le confort enfin bien réel, contre mes violentes désinvoltures, mes miraculeux émois et mes plus grands bordels. Et ça, ça n’avait pas de nom. Sauf peut être celui -  d’incendie.

Je marche.

Je marche.

J’ai beau être fatiguée, ne plus savoir où je vais et n’avoir de cesse de me demander d’où vient cette énergie, j’ai beau conscientiser ce rapport lointain avec ma vie, je racle le fond de mon ventre comme je raclerais les fonds de tiroir, en quête de moteur et de raison d’avancer sur ce trottoir. Et puis brutalement encore… plus fort… cette énergie qui déborde par-dessus tout. Me transperçant de part et d’autre. Eclatant en moi comme des milliers et des milliers de bulles de chewing-gum au même moment. M’envahissant de cette vague immense et merveilleuse à souffle variable, un peu comme si je me retrouvais sur cette colline escarpée et sauvage de moi-même, regardant vers l’ouest, avec le regard qu’il faut, le bon point de vue, et qu’enfin , contre toute attente et toute espérance… je rencontre cette ligne d’horizon, cette frontière de partage, ces eaux, ces éclats, ces miracles, ces terres, ce sang, ces naufrages… déferlant  et opérant cette source insoluble et équivoque qu’est l’existence.

Que dois-je faire ?

Je marche.

Je marche.

Je ne suis plus très loin.

 

-Death Valley -

 « L’émerveillement est une faculté poétique qui se décide. » [1]

Depuis des heures nous traversions les déserts et les gorges sableuses de la terre. Les dunes s'élevaient de chaque côté de la voiture. Je comprenais maintenant ce que signifiait le mot "aventure". Au loin, les montagnes fendaient et déchiraient le ciel aux couleurs différentes. Tranchées stellaires, sublimes et mourrantes. Cette humeur me laisse toute tremblante. Je ne m'y habitue pas, et je ne m'y habituerai sans doute jamais. A cet instant je refusais d'oublier l'émerveillement. Parce qu’enfin je comprenais. S’émerveiller. S’émerveiller c’est décider d’arrêter d’être inquiet. C’est décider de jouir de ce qui vient. Tout ça avec gratitude.

C'est alors que nous nous sommes arrêté sur le bas côté. Le soleil brûlait ma peau quand soudain... j'ai perdu brutalement les mots. Ils semblaient se noyer dans cette flaque de mystères incendiaire. A l'emporte pièce, comme des confettis, s'envolant au moindre gestes. Au moindre souffles. A l'instant même où j'ouvrais ma bouche. Ma tête bascula en arrière. J'ai fermé les yeux. Quelle humilité scandaleuse, pensais-je. Moi, qui vient de m'effondrer amoureuse. Amoureuse de l'immensité. Je ne sentas même plus les 50°C transpercer la serviette de bain qui me servait de couverture de survie. J'aurais pu mourir. Instantanément. Repue, remplie et essouflée d'émerveillement.

Et là... perdue en infini, là où je prends conscience de la vie... Je me suis mise à pleurer.

Je pleurs.

Je pleurs pour tout ce que je n'ai jamais osé pleurer, osé vivre, osé dire, osé raconter... pour ce putain de mal que j'ai toujours eu à exister.

Entière.

Mais il y avait quelque chose de plus fort. Quelque chose dans mon corps. Sans faux semblant. Juste là dans mon coeur et ma tête.  Debout au beau milieu des plaines...              ...                   ... j'attendrai la tempète.

Debout, là, dans la chaleur opaque du désert, comme plongée dans les doutes d’un autre hémisphère… je comprenais, je comprends ce que signifient ces perles cristales au goût de sel.

Je vous aimais.

Aussi inconnu que vous soyez.

Je vous aime.

De manière aussi brutale et inconditionnelle. Avec l’ardeur terrifiante d’une enfant qui ignore encore toutes les conséquences et les troubles de sens. Je vous aime.

Je vous aime jusqu’à la fin des temps.

...

Une avalanche de pierre dévala mon corps. Alors, je me suis assise. Et suis restée. Assise. Nez à nez avec la vie.

Nous nous sommes éloignés de la Vallée de la mort dans des brouillard épais de beauté et de corps ç corps d'infinité. Les brumes jaunes et roses, arides et déferlantes, ployaient mon âme errante d'une humeur mélancolique. Si bel endroit cathartique. Nous roulâme jusqu'à 4h du matin avant de nous arrêter dans un motel pour finir la nuit.

J'abandonnais finalement l'air éttouffant du Nevada pour rejoindre l'instabilité climatique de la côte ouest. Mes sentiments seriait-ils pareils au temps ? Je sentais déjà les troubles de la baie. Nous étions à Monterey.

 

Bien à Vous,

Moi.

 

 

[1] Retour à l’émerveillement de Bertrand Vergely.

 

 

Une histoire sans fin

Le 21 décembre 2014, 00:30 dans Voyage 1


I am a bird girl now

I've got my heart

Here in my hands now

I've been searching

For my wings sometime

I'm gonna be born

In to soon the sky

'Cause I'm bird girl

And Bird girls go to heaven

I'm a bird girl

And bird girls can fly

Bird girls can fly...*

...

Cher Vous,

- Bryce Canyon -

Les jours passaient, les paysages changeaient.

La route. La route. La route.

Je venais de prendre à mon tours le volant.  De nombreux "greasy spoon*" longeaient le bord de la route qui serpentait en vallée.

Je m’accrochais à ce qui me restait d’été. A l’intérieur de moi. Désespérément. Oubliant tant bien que mal mes angoisses humides et lascives. Sans doute désespérais-je de ne jamais ressentir quelque chose qui m’accorderait à lui.

Mon âme est faite d'automne. Il y a quelque chose qui déconne. Il y a toujours eu en moi, une forte mélancolie. Un endroit hord d'atteinte au fond duquel je ne cesse de tomber. Je l'appelle désir.

Le désert était partout. Il sauvait l’insignifiance humaine. Le désert. Fatal et miraculeux. Aussi miraculeux que ce voyage en voiture, et ce coffre remplie de tente, de sac de couchage, de barre de céréales, de bouteilles d’eaux  et de valise pleine de vêtements. Et nous… ployant devant cette beauté conspiratrice et persécutrice d’une existence dont la disponibilité nous était totale. Foutu miracle… dont la transparence ne pouvait être conjurée que par l’insoluble étendue de cette immensité. Immortelle.

J’avais soudain si peu de chose à dire.

Je me demandais par quelle étrange loi du destin je roulais dans ce désert, croisant des enfants de vieux peuples indiens, des cow-boys sans âge, et des touristes en voyages. Comment me retrouvais-je spectatrice de nombreuses scènes du monde ?

Toutes sortes de questions me trottaient dans la tête. Un rodéo de sentiments, grandissant et grossissant contre les parois perméables de mon pauvre corps sensible.

Comment tant de personnes, tant de vies, se tournant autour, pouvaient s’admirer les unes les autres, avec des points d’interrogations souriant à travers leurs photographies, et immortalisant un souvenir unique, alors que bien souvent, ils ne se voyait pas, bien souvent, ils ne se prêtaient aucune attention ?

Comment tant de gens, des quatre coins de la terre, pouvait être rassemblés, ensemble, dans un même lieu, un même espace, et que personne, je dis bien personne, ne se rende compte de ce miracle ?

Parce que c’est un miracle. Personne ne le sait. Mais c'est un miracle... C’est ce qui en fait un miracle.

Etais-je la seule personne à m’en rendre compte ? Étais-je le seul être vivant, à cet instant, à contempler cette furieuse splendeur primitive ? Je me demandais combien de coeurs pouvaient battre en ce même endroit, au même moment, et pourquoi la terre ne tremblait pas ?

Pourquoi la terre ne tremblait pas ?

Dans quelques années, me le demanderais-je encore ? Ou est-ce que cet écho se taira, et s’endormira dans la déchéance de ma misérable carcasse ?

Des secrets. Des rives de secrets emprisonneront mes océans.

Me coucher dans le soleil. J'avais envie de m'allonger et de m'abandonner au rayons d'or du soleil.

La montée à flan de falaise jusqu'à - sunset point - avait été un vrai plaisir. Ces moments aussi courts soient-ils, étaient tel des privilèges fouilleurs d'âme. Un truc à pleurer des flammes. Je me racontais ces tourments et ces avancées comme des secrets des quels on ne pouvait me délivrer. Comme une princesse liée, d'âme et de sang, damnée et condamnée à vivre et se nourrir d'histoire sans fin. Eternellement éblouie et dévorée par l'étandard du rêve Américain. Même en dépit des randonneurs que je croisais dans ces vallées de sables et de pierres, ce moment n'était qu'à moi. Je m'en faisais un mystère.

« Le cœur humain renferme des trésors cachés qu’il garde en secret, scellé dans le silence. Des pensées, des espoirs, des rêves, des plaisirs, dont le charme se romprait s’ils étaient révélés. »Jane Eyre, de Charlotte Brontë.

Personne n’aurait pu m’arracher les sensations qui m’avaient rendu la vie. Je considérais ce trek comme un autre voyage inédit. Et égoïstement je le gardais en moi. Je crois qu’inconsciemment je venais de me lier à moi-même, pour le meilleur et pour le pire. Je ne pouvais compter que sur moi pour sourire. N’y avait-il, alors, rien de moi-même que je ne voulu récuser ? Non… Je crois qu’ici, j’avais appris à m’aimer. Avec les bons et les mauvais côtés. 

Je décidais alors de respirer violemment ces territoires et ces humeurs comme une accro de la dope. Je comprenais pourquoi j’avais décidé d’avaler si profondément ce « hope ». Je trouvais presque absurde que certaine personne me pose encore la question. C’est écrit mec ! Y’a rien à comprendre ! Ce truc est profond.

C’était là, inscrit dans ma chair. Et plus jamais je ne pourrais l’oublier.

J’appréhendais déjà de ne plus me souvenir de tout ça. Je devenais comme une chienne folle que les émotions broie. Je salivais de plus en plus. J’avais foutrement l’air d’une conne. La sueur... en pluie. En recherche profonde et absolu de vie. Les yeux chavirés et remplis. 

Mais à qui appartenais ces promesses qui coulaient sur mes joues ? Etait-ce les miennes ? Etaient-ce les leurs ? Etaient-ce Vous ?

Je cherchais furieusement à me rassembler. Concentrer toute cette folie jusqu’au sommet. Et puis… et puis  je compris que ça ne servirait à rien. Que quoi que je fasse, quoi qu’il se passe, cette existence, tourmentée de vallées, ces piques rocheux de lucidités, cet amour de feu ravageant les terres en falaises ; créait, inventait, repensait, et dépouillait celle que j’étais.

Aucun mélange de maux, de couleurs, de brûlures et d’odeurs, n’aurait pu régénérer cet instant, ce « je suis », cet absolu, puisque déjà « j’étais » et « je n’étais plus ».

Je m’effritais.

Je crois, putain, que je m’effritais… Saloperie de vie ! Quelle était bonne… bonne à en gémir, à en mourir… 

Alors comme un miracle abandonné, oui… j’avais envie de croire aux miracles…encore une peu. Je me suis m’y à rêver, à espérer. Ironique, penserez-vous. Fuck you ! J’espérais secrètement semer des morceaux de moi. Des morceaux, des petits bouts de moi, ici… et là. Parce que merde, c’est bien vrai. J’y étais. J’y étais.

 J’y étais…

 

 

Bien à Vous,

Moi.

* Bird Girl de Antony and the Jonhson : https://www.youtube.com/watch?v=v1pZgrk_WCw

*Boui-boui / gargote en français.

Poussières d'or

Le 17 août 2014, 21:20 dans Humeurs 0

Cher Vous,

-Kenyata-

 Nous roulions depuis le Grand Canyon en direction de Monument Valley, quand la nuit se mit à tomber.

L’obscurité épaisse lézardait autour de nous. Reconnaitre notre chemin en de telles circonstances était de plus en plus compliqué. Nous nous retrouvâmes dans un quartier peu sûr et sensiblement inquiétant. C’est alors qu’en faisant demi-tour, les phares de l’auto nous indiquèrent ces quelques mots : « Neighborhood crime watch».

Il était presque minuit. Nous étions dans un quartier de criminels surveillés, et c’est peu dire que nous n’avions pas au-dessus de nos têtes, une marraine « bonne fée » et sa baguette !

Illico presto nous retrouvâmes un grand axe baigné d’oubli, et tout en accélérant la voiture se fit avalé par la nuit.

On ne voyait toujours rien. Les alentours sombraient dans les troubles mouvants. Aucune lumière ne pleuvait droit devant. Le noir. Le noir. Et les étendues. Seule et perdue en champs d’opacité, une église était éclairée. Je regardais le grand et pieux panneau : « Lamb and God ». J’en eu froid dans le dos. Je ne pouvais m’empêcher de penser à ces vieux films d’épouvantes. Où les gens, un par un, sont avalé et digéré par la bouche, les gorges, et le ventre de cette géante.

La nuit se mit à s’épaissir de plus en plus, si bien que notre recherche de campement fût bien compromise. Je les sentais en proie à de nouvelles tensions. Ce ne fût pas une surprise. Mes émotions bruinaient électriques. Toujours un peu bordélique... Amoureuse des pleines lunes. Heureuse tout en brume. L’obscurité ne m’inquiétait guère. Allez comprendre pourquoi, j’aimais cette humeur mortifère.

Finalement il n’arrivera rien cette nuit-là. On planta notre tente, à l’aveugle, dans le seul et unique campground du coin, et on dormit d’une traite jusqu’au matin. Tout arriva le lendemain. Et tous les autres jours qui suivirent, à vrai dire.

 

-Monument Valley-

Le lendemain matin je fus réveillée par la chaleur qui transperçait la carcasse de notre tente et transpirait sur le polyéthylène. Mon dos me brûlait, comme le soleil corrodait les plaines. J’avais pris un coup à la vitesse de l’éclair. Pas même le temps de remettre une protection solaire ! Sur ma peau figurait de multiples injections de sang et je muais comme un serpent. On m’appliqua généreusement un soin sur les parties atteintes et craquantes.

J’espérais rapidement oublier cette piqûre géante. C’est alors que, je relevais la tête, j’eus le souffler couper.

 

Je restais de nouveau bouche bée. Au milieu de mes propres déserts.

De nouveau.

De nouveau mes yeux manquaient d’air.

De nouveau, nous y étions.

De nouveau, nous perdions les mots.

Je me fis l’effet d’une triste moucheture à la surface de la terre rougeoyante. Simple éclaboussure dilettante...

Les montagnes se reflétaient sur les nuages d'humeurs cotonneuses et mystérieuses, caressant ces voiles errant d'humanité, de ses lugubress tiédeurs brumes et rosées. 

Tout autour, des murs sauvages ensanglantant l'immensité, se dressaient, en érections sensationnelles. Étendues bien irréelles. 

Le vent raflant les falaises, formait des tornades de sable et de poussières, venant troubler les montagnes d'or. Je regardais autour de moi. Les chevaux mustangs et les bijoux multicolores. Les indiens et leur chasse-cauchemars. Toute cette mystérieuse marque d’histoire. 

Aux alentours, les villes constituée de toute pièce, comme un emboîtement de lego, probablement assortis par un homme-enfant qui se plaisait encore à jouer aux cow-boys et aux indiens, semblaient essayer de toutes leurs forces, de sangler les falaises entres elles. Mais rien n'annihilait l'immensité. Rien ne pouvait détruire, soustraire, ni troubler cette fatalité aussi effrayante, imposante et respectée, qu'impose le néant et le sacré.

Je me mis à regarder sérieusement au loin. Je ne recherchais rien. Si ce n’est ces ossements d’infini que me prodiguaient jour et  nuit.

Il nous restait nous restait tant de routes à faire et à défaire. Tant de routes et tant de mystères…

 

 -Page-

Flasque et rose.

 

Annonçant pieusement, le grand bleu sensuel du Lake Powell.

Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze… églises… les églises se succédaient sur la route. A croire que les gens avaient bien trop de doute. De problèmes. Pourquoi ce besoin si grand et si fort de croire en une autre âme qu’eux même ?

Telles des couches concentriques et élastiques côtoyant une artère adipeuse, ce vaisseau de bitume me rendait presque nauséeuse. Pour moi la question ne se posait pas. D’abord et pour toujours je cherchais à croire en moi.

L'ouest brillait dans l'immensité. J'entendais le souffle mélodieux des chansons aux rythmes de saoûle et de country. De vieux rock qui cognent et qui craquent, couvrant le son des moteurs des vieilles Cadillac. L'humeur éraillée et sanglante de la route me faisait inlassablement penser aux pages de Jack* et aux héros sucrés et brisés d'Harrisson. J'avais foutrement envie d'enfiler mon short et mes santiags et de tailler la route sur une Harley Davidson. Accrochée comme une folle à un inconnu. Le genre de type infréquentable qui m’émeut et me noie. Ce genre de gars qui allait sans doute m'aimer, me défendre et me détruire... pour la millième fois. Je crois que j'ai un sacré problème, cela va sans dire… je fais les mêmes erreurs à chaque fois, pour le meilleur et pour le pire.

 

-Lake powell-

Ça y est. Nous y étions. Nous passions le grand barrage en direction des nuages. Je collais. La sueur luisait tout en paillettes quand on fermait la tente. Je me sentais sale et mal apprêtée, mais qu’importe… La route et les paysages éloignaient mes naufrages.

Mais je n’étais sûre de rien. Peut-être reviendraient-ils demain ?

Je ne savais pas. Je ne sais pas. Et je ne pensais qu’à ça : « Il était une fois... ». Dans l’ouest ?

L’Amérique… sanglante aux racines d’or, errante, dévorante, et alors ?

Parce que finalement, durant tout ce temps, je les entendais tergiverser sur toutes sortes d’angoisses et d’interrogations. Je crois qu’ils ne se lassaient pas de se poser des questions. Et là où j’étais comme eux à longueur d’année, face à toutes ces fatalités et cette vie bien rangée, étrangement il n’en fût rien ici. J’étais trop occupée à enfin croire en ma vie. Où aller ? Que faire ? Dans quel but ? Où dormir ? … Je ne m’en faisais pas. J’étais juste cette drôle de fille, ici et là, folle et démente. Hantée et bandée vers l’avenir et cette sanglante.

 

Bien à vous,

Moi.

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